Non à Sarko

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Bilan de Nicolas Sarkozy au Ministère de l’Intérieur

mardi 27 mars 2007, par Jacques

Après près de 4 années passées au ministère de l’Intérieur entre 2002 et 2007, il est temps de faire un bilan de l’action de Nicolas Sarkozy, et de se demander quelle société et quel avenir il nous propose réellement.

Le bilan de quatre années de Sarkozysme

Le Sarkozysme consiste à communiquer sur ce qu’on a l’intention de faire, plutôt que de dire ce qu’on a fait, et surtout à présenter un bilan comptable positif. Nombre d’interpellations, nombre de gardes à vue, nombre d’affaires élucidées, tous les chiffres doivent être présentables.

Des chiffres présentables, c’est bien, des habitants rassurés et des policiers appréciés pour leur travail, c’est nettement mieux. Et malheureusement, le climat vis-à-vis des policiers n’est pas bon dans les "quartiers difficiles", et des parents d’élèves comme des directrices d’écoles en viennent à affronter la police (20 Minutes : « Les rafles de la police, on n’en veut plus »).

Pourquoi ? Quelle réalité cache les chiffres, quel bilan pouvons nous tirer du sarkozysme ?

Le plus important est de communiquer

Pour Nicolas Sarkozy, il faut que ça se voit. La visibilité est donc son principal cheval de bataille.

Ce qui nous a amené à quelques réussites, comme par exemple les Groupes d’Intervention Régionaux (GIR), mis en place en 2002, agissant sous la tutelle du préfet, et donc du ministère de l’Intérieur (ce qui est contre la séparation des pouvoirs pour une mission de police judiciaire) et les opérations coup de poing de ces GIR, qui ont permis de récupérer 200 grammes de cannabis en mobilisant 300 policiers à Nanterre (voir l’article de l’Humanité de l’époque). Mais cette idée de "faire la guerre aux délinquants" était en vogue, après une élection sur l’insécurité, et ces GIR passaient bien à la télévision. Sa "guerre contre la délinquance", je ne suis pas certain qu’avec ses méthodes, Nicolas Sarkozy l’ait gagnée...

Avec une approche similaire, nous avons eu fin 2006 les opérations massives d’arrestation de délinquants qui avaient agressés des policiers, où la presse (mais pas Libération, trop critique, ni le maire de la commune) était convoquée pour voir comme Nicolas Sarkozy ne se laissait pas marcher sur les pieds. Manque de chance, les policiers ont été un peu pris dans leur élan, et les débordements de ces assauts ont été relatés par la presse.

Police d’interpellation, quotas et objectifs

Pour communiquer, il faut des images, mais il faut aussi des chiffres. Pas de problèmes pour Nicolas Sarkozy, qui a transformé la police depuis 2002 et l’a mise en ordre de marche pour « faire du chiffre ».

Je vous invite à consulter l’article du Monde sur les conséquences de la culture du résultat et de la statistique à Tours :

La crise couvait depuis plus d’un an au commissariat de Tours. La "culture du résultat" voulue par le ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, a été interprétée de façon radicale dans cette circonscription : la hiérarchie y a fixé des quotas d’interpellations et de contraventions. Résultat : une tension permanente.

Un ex officier de police, dans un témoignage, nous explique d’ailleurs à quelles aberrations on arrive avec la culture du résultat et de la statistique voulue par Nicolas Sarkozy :

La politique du chiffre ça a toujours été une tentation parce que c’est très difficile de juger l’action qualitative de la police. A la limite s’il n’y a pas de délinquance du tout, que la police est présente et qu’elle a de très bons contacts avec la population c’est quelque chose de très bien mais comment on va le calculer ça ?

Il nous explique également que pister les escrocs, les trafics de stupéfiants, les "gros" délits, ce n’est pas rentable car cela demande du temps et des moyens, pour peu de résultats statistiques. Alors la police se focalise sur ce qui est rentable, c’est à dire les "petits" délits, la consommation de drogue, et surtout l’infraction à la législation sur les étrangers (ILE). En effet, arrêter un sans-papiers permet de constater un délit, d’élucider l’affaire, de faire une interpellation et de conclure par une garde à vue. C’est excellent pour les statistiques, et on peut "utiliser" le même délinquant plusieurs fois dans le mois, puisqu’il est le plus souvent remis en liberté. Un autre délit "rentable" est l’outrage/rébellion : l’agent constatateur est en même temps la victime, donc on a pas de contestation possible. Le résultat d’un outrage, c’est, dans l’ordre : un fait constaté, un fait élucidé et un interpellé, éventuellement une garde à vue, et très souvent même une condamnation au moins financière.

Tout cela fait "du chiffre", mais ne permet pas vraiment de lutter contre la délinquance ni de servir et protéger la population. La déclaration des droits de l’Homme de 1789 dit pourtant : « la garantie des droits de l’homme et du citoyen nécessite une force publique instituée pour l’avantage de tous et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée ». Nicolas Sarkozy devrait relire cette déclaration de temps à autre.

Un résultat concret : la perte de sens de la mission de la Police conduit à l’émeute

Dans les zones "favorisées", où tout le monde est en règle et où tout se passait très bien auparavant, la population n’a sans doute pas constaté d’évolution notable du rôle de la Police dans sa vie de tous les jours.

Mais c’est là où la Police peut être le plus utile, dans les zones où il est important de défendre les valeurs de la République et où la Police se doit de montrer l’exemple, la politique de Nicolas Sarkozy a été une catastrophe.

En effet, comment comprendre que les trafics de drogues ne soient pas démantelés, que les escrocs ne soient pas arrêtés, car ce sont des travaux long et difficiles, mais que les populations "basanées" soient perpétuellement contrôlées pour trouver des sans papiers et faire du chiffre, que les policiers soient incités à provoquer les gens pour pouvoir constater une rébellion ou un outrage, que les jeunes consommateurs de drogue soient arrêtés et puni, tandis que les gros bonnets sont tranquilles ?

Je ne critique pas les policiers, qui sont des gens dont l’engagement et le dévouement forcent à l’admiration et au respect, mais je critique leur direction, et plus particulièrement Nicolas Sarkozy, qui les amène à être détestés des gens dont ils doivent garantir les droits.

Un symptôme particulièrement frappant est la confrontation à la sortie d’une école entre parents d’élèves et policiers à Paris. Les parents d’élèves sont des gens normaux, qui finissent par entraver l’action de la police, car cette action crée un climat détestable dans leur quartier. A lire dans 20 Minutes les articles sur les incidents devant l’école Rampal et la manifestation qui a suivi :

Les habitants du quartier n’en peuvent plus. La veille, il y avait eu cette maman chinoise arrêtée alors qu’elle venait chercher sa fille à l’école. Les parents d’élèves, dont je fais partie, en ont assez de ce climat de tension. Ce sont eux, et non des activistes dangereux comme certains ont pu le croire, qui ont essayé d’empêcher l’arrestation du grand-père chinois. Leurs enfants sont copains avec des enfants étrangers, eux-mêmes se sont liés avec des sans-papiers. Tous les jours, ils ont peur que l’un d’eux soit arrêté.

Les manifestants entendent ainsi dénoncer la multiplication des « rafles » aux abords des écoles et dans certains quartiers comme le 20e. « A chaque marché, on voit débarquer des hordes de policiers, témoigne Marie-Paule, enseignante à la retraite. Il n’y a pourtant aucun problème de sécurité. C’est comme s’ils voulaient faire monter la pression. »

Comme quoi la Police d’intervention et de statistiques de Nicolas Sarkozy est contre productive, et on comprend bien c’est la façon dont il a mené sa "guerre contre les délinquants" qui a entrainé les nuits d’émeutes urbaines de novembre 2005.

Son action législative : prévention de la délinquance ?

Au-delà des lois qui durcissent les conditions de régularisation des sans-papiers et de regroupement familial, et relancent l’immigration de travail (fermée depuis 1974), c’est pour sa loi sur la prévention de la délinquance que Nicolas Sarkozy a fait fort.

En particulier l’article 222-43-2, très intéressant :

« Art. 222-43-2. – Est constitutif d’un acte de complicité des atteintes volontaires à l’intégrité de la personne prévues par les articles 222-1 à 222-14-1 et 222-23 à 222-31 et est puni des peines prévues par ces articles le fait d’enregistrer sciemment par quelque moyen que ce soit, sur tout support que ce soit, des images relatives à la commission de ces infractions.

« Le fait de diffuser l’enregistrement de telles images est puni de cinq ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende.

« Le présent article n’est pas applicable lorsque l’enregistrement ou la diffusion résulte de l’exercice normal d’une profession ayant pour objet d’informer le public ou est réalisé afin de servir de preuve en justice. »

Concrètement, sous couvert d’un article contre le happy-slapping, il fait passer un texte impliquant qu’un simple citoyen enregistrant et diffusant des images de violences policières sera passible de 5 ans d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende. Grâce à Nicolas Sarkozy, je crois que nous n’avons plus une « force publique instituée pour l’avantage de tous et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée ».

Liberté de la presse en France

Pour compléter le tableau, une organisation internationale indépendante, Reporters Sans Frontières, a publié son classement de la liberté de la presse. Ce classement nous place à la 35eme position, derrière le Ghana, la France ayant perdu 24 places en 5 ans. Nicolas Sarkozy, qui a fait licencier le rédacteur en chef de Paris-Match, empêché la publication d’un livre, menacé le patron de Libération et la direction de France 3 n’y est sans-doute pour rien...

Quelle politique pour demain ?

Nicolas Sarkozy ne cesse de le répéter, il souhaite aller encore plus loin. Et en tant que Président de la République, il aura tous les pouvoirs pour le faire, sur bien d’autres domaines que la police. Mais il aura sans doute à cœur de terminer le travail entrepris, notamment avec l’abandon de l’excuse de minorité pour les mineurs récidivistes de plus de 16 ans, et surtout la mise en place de peines planchers pour les récidivistes. Les conséquences de cette mesure seraient désastreuse, à la fois pour la population carcérale, mais surtout pour la justice française, cette loi diminuant le rôle du juge, et amenant à instaurer un jugement automatique pour les réitérants. Ce qui impliquerait par exemple pour un médecin réalisant une euthanasie après une rébellion, une peine plancher de 15 ans. Enfin on empêchera les juges d’être trop cléments...

Jugeons Nicolas Sarkozy à l’aune de son bilan à l’Intérieur et de ses intentions déclarées, et rendons nous compte que la France qu’il souhaite, ce n’est pas une France où les Français seront protégés par l’Etat, mais où l’Etat sera au service de la gloire de Nicolas Sarkozy et où l’objectif sera de présenter de bons chiffres en vue de la réélection de Nicolas Sarkozy.

Voulons-nous passer cinq années statistiques où les chiffres seront bons et la réalité médiocre ? Voulons nous confier le pouvoir à un homme qui utilise les services de l’Etat pour son profit et pour sa gloire ?

Pour l’immense majorité des Français, voter pour Nicolas Sarkozy, cela revient à se tirer une balle dans le pied.

Sources :
- Libération : Sarkozy a imposé « une police d’efficacité médiatique »
- 20 Minutes : « Les rafles de la police, on n’en veut plus » et « Un policier m’a neutralisée et a essayé de casser ma caméra »
- Le Monde : A Tours, le "stress" de policiers soumis à la "culture du résultat" et La mobilisation continue après la garde à vue d’une directrice d’école
- L’Humanité : Opérations coups de poing ou coups de pub ? (2002)
- TF1.fr : L’intervention aux Mureaux vire à la polémique
- NouvelObs.fr : Opération aux Mureaux : le PS réclame des explications ; Agression de policiers : Les réactions et Opération de police aux Mureaux : Excès de médiatisation
- Regarde à vue : Sans casque, ni bouclier : témoignage d’un ex-officier de police
- Journal d’un avocat : C’est un fou, il repeint sa peine plancher...
- Reporters Sans Frontières : Classement de la liberté de la presse
- Projet de loi relatif à la prévention de la délinquance
- Wikipedia : Nicolas Sarkozy
- Mise à jour du 28 mars, un article du Monde qui arrive à des conclusions similaires aux miennes : "Quand la police use de la force, c’est qu’elle est faible"

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3 Messages de forum

  • Je suis passé à 18h30 Gare du Nord, bouclée par les CRS, avec l’accès au métro 5 et tout l’étage du bas complètement bloqué. Je ne sais pas si cette information sera relayée par les médias, sans doute pas, pour ne pas venir « perturber » la campagne de Nicolas Sarkozy.

    Il n’empêche. Depuis dix ans je passe Gare du Nord tous les jours. Depuis maintenant 2 ans, je vois régulièrement des courses poursuites entre des groupes de « racailles » et des policiers. Et presque tous les jours des contrôles d’identités de gens « basanés ». C’est la première fois que je suis témoin d’un évènement de cette ampleur.

    Le bilan du passage de Nicolas Sarkozy à l’Intérieur est une perte de confiance, et même une défiance généralisée vis-à-vis de la police, ainsi que l’émergence de conflits, voire d’émeutes régulières.

    Il est tant de cesser cette politique, et de réorienter la police vers sa mission de protection des droits de l’homme, plutôt que de persévérer dans ce rôle répressif et interventionniste. Nous devons mettre un terme à la radicalisation de la relation conflictuelle entre la police et la jeunesse des banlieues, si nous ne voulons pas régulièrement revivre les émeutes de novembre 2005.

    PS : Si, l’express en fait mention...

    Voir en ligne : L’Express.fr : Heurts avec la police après un contrôle RATP à Paris

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  • L’actualité du moment confirme cet article

    28 mars 2007 10:19, par Jacques

    Après les émeutes de Gare du Nord, la manifestation des policiers contre la ’pression du chiffre’.

    Pour faire le vrai bilan de l’action de Nicolas Sarkozy, il faut se demander si la situation était meilleure en 2002 ou en 2007, après 5 ans de politique "musclée et volontaire" au ministère de l’Intérieur. Paix sociale, sérénité des forces de police, tous les indicateurs sont au rouge vif.

    Des policiers manifestent contre la ’pression du chiffre’

    Des milliers de policiers ont manifesté mardi à Marseille à l’appel de l’Unsa-police, premier syndicat de gardiens de la paix, pour dénoncer leurs conditions de travail et la "pression du chiffre" imposée par leur administration.

    "On a beaucoup de chiffre à faire, pour pas grand chose. L’administration s’en contente, la vraie délinquance on n’y touche pas", expliquent deux policiers de Marseille, 11 et 15 ans de métier. "Quand on est flic, mieux vaut faire une bonne affaire que trois ridicules. Mais pour l’administration, mieux vaut interpeller trois jeunes qui ont de la résine de cannabis dans la poche que le grossiste".

    "Nous, on a des notes de service nous demandant de faire des interpellations coûte que coûte. Et le code de déontologie, le code pénal ?", intervient un collègue derrière ses lunettes noires.

    Voir en ligne : Yahoo : Des policiers manifestent contre la "pression du chiffre"

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  • Un sondage effectué auprès de plus de 5000 policiers nous donne leur sentiment vis-à-vis de l’évolution de la situation.

    Les réponses de la police parlent d’elle même...

    Que pensez vous de vos intervention sur la voie publique ? (tensions sociales accrues, agressivité envers les policiers, dangerosité accrue du métier)
    - Elles se sont plutôt améliorées >> 5,78%
    - Elles se sont plutôt dégradées >> 76,54%
    - Sans opinion >> 17,68%

    Pensez-vous que les rapports avec la population se sont améliorés depuis cinq ans ?
    - Oui >> 11,62%
    - Non >> 73,69%
    - Sans opinion >>14,69%

    ...

    Voir en ligne : Résultats du questionnaire initié par le SGP à destination de tous les policiers

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