Non à Sarko

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Triomphe et tombeau de François Hollande, par Jean d’Ormesson

mardi 7 février 2012, par Jacques

Il est des jours où il conviendrait de réfléchir avant d’écrire, et de se renseigner un peu sur la réalité avant de pondre une prose de campagne électorale qui se moque avec une telle insouciance de la réalité.

Triomphe et tombeau de François Hollande

Par Jean d’Ormesson .

Il n’est pas sûr, il est peut-être même improbable, au vu des sondages d’aujourd’hui, que Nicolas Sarkozy soit réélu dans six mois pour un second et dernier mandat. Les mesures de rigueur annoncées par François Fillon ne sont pas accueillies - c’est le moins que l’on puisse dire - par un enthousiasme excessif. Mme Le Pen à l’extrême droite, M. Bayrou au Centre, Mme Aubry à gauche, M. Mélenchon à la gauche de la gauche se déchaînent contre elles. Les syndicats les condamnent. Une bonne partie de la droite modérée elle-même ne peut pas se résoudre à se prononcer en faveur d’un président qui, à ses yeux, a avili et compromis ses fonctions par son comportement. La victoire de François Hollande est à peu près acquise, et elle risque d’être éclatante. Le moment est idéal pour se déclarer sarkozyste. La question n’est pas de savoir qui l’emportera en mai 2012. On a longtemps été convaincu dur comme fer que ce serait M. Strauss-Kahn. On a pu croire que ce serait Mme Aubry. On a même pu imaginer que, par un coup du sort, ce serait Mme Le Pen. Il n’est pas tout à fait exclu que M. Bayrou, M. Mélenchon, M. Montebourg se soient monté le bourrichon jusqu’à se persuader de leur chance de l’emporter. Tout sauf Sarkozy. N’importe qui sauf Sarkozy. Ce sera M. Hollande. François Hollande est un parfait honnête homme. Il est intelligent, charmant, cultivé, et même spirituel. Il y a chez cet homme-là un mélange de doux rêveur et de professeur Nimbus égaré dans la politique qui le rend sympathique. Il est mondialement connu en Corrèze. Ce n’est pas lui qui irait courir les établissements de luxe sur les Champs-Élysées, ni les suites des grands hôtels à New York ou à Lille, ni les yachts des milliardaires. Il ferait, je le dis sans affectation et sans crainte, un excellent président de la IVe République. Ou plutôt de la IIIe. Par temps calme et sans nuages. Il n’est jamais trop bas. Mais pas non plus trop haut. C’est une espèce d’entre-deux : un pis-aller historique. Ce n’est pas Mitterrand : ce serait plutôt Guy Mollet. Ce n’est pas Jaurès ni Léon Blum : c’est Albert Lebrun. Ce n’est pas Clemenceau : c’est Deschanel. Il parle un joli français. Et sa syntaxe est impeccable. On pourrait peut-être l’élire à l’Académie française. Ce serait très bien. Mais en aucun cas à la tête de la Ve République, par gros temps et avis de tempête. C’est vrai : Sarkozy en a trop fait. Hollande, c’est l’inverse. Car n’avoir rien fait est un immense avantage, mais il ne faut pas en abuser. Il n’est pas exclu, il est même possible ou plus que possible, que M. Hollande soit élu en mai prochain président de la République. C’est qu’à eux deux, M. Hollande et le PS, qui sont assez loin d’être d’accord entre eux - je ne parle même pas de M. Mélenchon ni de Mme Joly dont ils ont absolument besoin pour gagner et dont les idées sont radicalement opposées à celles de M. Hollande - ont des arguments de poids : la retraite à 60 ans (quand la durée de vie ne cesse de s’allonger), 60.000 nouveaux fonctionnaires (quand il s’agit surtout de réduire les dépenses publiques), 30% de baisse sur les traitements du président et des ministres (même M. Jean-Marie Le Pen, de glorieuse mémoire, n’a jamais osé aller aussi loin dans le populisme et la démagogie). Avec des atouts comme ceux-là, on a de bonnes chances de gagner. Aussi n’est-ce pas dans la perspective de l’élection de 2012 que je me situe.

C’est avec le souci du jugement de l’histoire. M. Sarkozy, autant le reconnaître, a fait pas mal d’erreurs. À voir comment se présente la campagne d’un Parti socialiste qui semble n’avoir pas appris grand-chose des leçons de son temps, ce sera bien pire avec lui qu’avec M. Sarkozy. Les déclarations d’intention ne valent rien. Il faut des exemples vivants. M. Zapatero, en Espagne, est un homme plus qu’estimable. Il est socialiste. Le chômage en Espagne est plus du double du nôtre. M. Papandréou en Grèce est socialiste. Est-ce le sort de la Grèce que nous souhaitons pour la France ? M. Sarkozy a été plus attaqué, plus vilipendé, plus traîné dans la boue qu’aucun dirigeant depuis de longues années. Il a pourtant maintenu le pays hors de l’eau au cours d’une des pires crises que nous ayons jamais connues. Il n’est même pas impossible que Mme Merkel et lui aient sauvé l’Europe et l’euro.

Pour affronter le jugement de l’histoire, je choisis le camp, à peu près cohérent, Sarkozy-Fillon-Juppé contre le camp, incohérent jusqu’à l’absurde, Hollande (Hollande président ? On croit rêver, disait Fabius) -Aubry-Joly-Mélenchon. Bonaparte Premier consul prétendait que le seul crime en politique consistait à avoir des ambitions plus hautes que ses capacités. Je suis sûr que François Hollande lui-même a des cauchemars la nuit à l’idée d’être appelé demain à diriger le pays avec le concours des amis de toutes sortes et étrangement bariolés que lui a réservés le destin. Je veux bien croire -je n’en suis pas si sûr- que pour 2012 les dés sont déjà jetés, que les handicaps du président sortant sont bien lourds pour être surmontés, que le retard est trop rude pour être rattrapé. J’imagine très bien l’explosion d’enthousiasme sur la place de la Bastille ce soir de mai 2012 où l’élection de M. François Hollande à la magistrature suprême sera enfin annoncée. Je me demande seulement dans quel état sera la France en 2014 ou en 2015.

Jean

Bravo ! Reprenons...

« C’est vrai : Sarkozy en a trop fait » Qu’a-t-il fait au juste ? Il a beaucoup gesticulé, cela oui, sans tenir aucun compte des avis de ses conseillers ou de ses ministres, décrétant en se levant le matin qu’il allait supprimer la taxe professionnelle, qui se retrouvera quelques matins plus tard remplacée par une "Contribution Economique Territoriale", bâtie à la va-vite pour combler le trou béant d’une taxe professionnelle supprimée à la va vite elle aussi, etc., etc.

« la retraite à 60 ans (quand la durée de vie ne cesse de s’allonger), » ...pour les gens qui ont atteint le nombre de trimestres requis. L’important est-il d’avoir travaillé (et donc contribué à l’effort de solidarité) pendant 43 ans, ou bien d’avoir atteint un âge arbitrairement fixé à 60 ou 62 ans pour bénéficier de sa retraite ? Les gens qui ont commencé à travailler tôt devraient-ils être dans l’obligation d’être plus solidaires que les autres ?

Il me semblait que la justice et l’équité étaient plus importante que la comptabilité. Manifestement pas pour cet illustre académicien...

« 60.000 nouveaux fonctionnaires (quand il s’agit surtout de réduire les dépenses publiques) » C’est vrai, économisons sur l’éducation de nos enfants et petits-enfants. Et au final, plus de 30 élèves par classe, ce n’est pas si mal.

Et puis quand on a les moyens de choisir l’éducation de ses enfants, pourquoi devrait-on payer pour une éducation nationale qui éduque ceux des autres ?

Par contre, il était essentiel de réduire la TVA sur la restauration, et cela pour... rien... sinon acheter des voix.

Les cafetiers et autres restaurateurs sont nombreux, influents et ils votent plutôt "bien"...

« Il faut des exemples vivants. M. Zapatero, en Espagne, est un homme plus qu’estimable. Il est socialiste. Le chômage en Espagne est plus du double du nôtre. M. Papandréou en Grèce est socialiste. Est-ce le sort de la Grèce que nous souhaitons pour la France ? »

Est-ce la chienlit en Autriche, au Danemark, en Norvège, en raison de leurs dirigeants socialistes.

Et l’Islande et l’Irlande ont-elles su admirablement surmonter la crise grâce à leurs gouvernements conservateurs ?

Je crois que nous sommes au niveau zéro de l’argumentation et bien plus haut sur l’échelle de la logorrhée simpliste et anti-gauchiste primaire. Bref, en campagne.

« Il a pourtant maintenu le pays ’hors de l’eau’ au cours d’une des pires crises que nous ayons jamais connues !... Il n’est même pas impossible que Mme Merkel et lui aient sauvé l’Europe et l’euro. »

De qui se moque-t-on ? Nous vivons une crise de la dette, et la dette publique a cru de 20% du PIB en 5 ans, plus de 500 milliards d’euros. Aucun autre président n’avait réussi un tel exploit auparavant. Il n’a pas tenu le pays hors de l’eau, il en a accéléré le naufrage, plus que personne n’avait osé le faire avant lui.

  • La suppression des droits de succession dans un pays où plus de 80% des plus riches le sont de par leur naissance, c’est lui.
  • Les aides fiscales (déduction des intérêts d’emprunt, Scellier...) pour soutenir un marché immobilier en bulle, c’est lui. D’ailleurs, la France est le seul pays où grâce à une courageuse politique financée sur les deniers publics, la bulle n’a pas explosé et les promoteurs ont pu continuer à profiter de marges bien grasses pendant quelques années. Martin Bouygues nous remercie bien d’avoir élu un tel visionnaire.
  • Le bouclier fiscal qui protège ceux dont les revenus et la fortune croissent plus de deux fois plus vite que la moyenne des Français, c’est lui.
  • Le relèvement du seuil de l’ISF dans un pays où la concentration de la richesse augmente, c’est lui aussi.

Bref, le président qui privatise la richesse publique pour ses amis les nantis aux frais de la communauté, communauté qui elle gagne au final de nouvelles taxes, des hausses de CSG, une dette qui n’aura jamais été aussi élevée à rembourser, une confiance dans la dette française qui baisse au point que nous empruntons aujourd’hui nettement plus cher que l’Allemagne (oui, la perte du triple A, c’est lui aussi), tout cela a été l’œuvre de Nicolas Sarkozy.

Alors même si François Hollande ne fait rien, je doute qu’il arrive à être aussi nuisible pour la France et l’immense majorité des Français que ne l’a été Nicolas Sarkozy.

Et grâce à ce formidable "costume présidentiel" taillé par Jean d’Ormesson, je suis convaincu que ce Monsieur est un merveilleux sarkolâtre sénile et un preux défenseur des intérêts de sa classe d’âge comme de sa classe sociale.

Il arrive un âge où il convient de savoir se taire quand il s’agit de parler d’avenir...

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